Accueil > Édito > Impudeur et incompréhension

Impudeur et incompréhension

mercredi 31 mars 2004, par le bureau

Monsieur Raffarin, Premier ministre à l’élocution solennelle et à la gestuelle appuyée lorsqu’il s’adresse au peuple – qu’il appelle par ailleurs “la France d’en bas” – affirmait il y a peu, aux millions de Français qui manifestaient, que ce n’était pas la rue qui gouvernait … Le corps électoral lui a donné raison puisque c’est bien par le biais des urnes que sa politique injuste et inefficace vient d’être remarquablement sanctionnée …

Naïveté feinte ou incroyable propension à prendre les électeurs pour des imbéciles, le gouvernement ne voulait pas faire passer pour politique un vote qui allait donner un pouvoir renforcé aux régions … Sans doute ne s’était-il pas rendu compte d’un climat social légèrement dégradé ces derniers mois …

On aurait pu espérer que l’affliction de la droite battue allait conduire ses représentants au mutisme voire à un brin d’autocritique … Espoir vite déçu car, ajoutant l’impudeur à l’incompréhension, ses tristes hérauts accusaient aussitôt les Français d’être incapables de réformes. Bref, le coupable, c’était le peuple …

Et pourtant beaucoup d’entre nous sont prêts à plus de solidarité, mais encore faudrait-il que l’effort demandé soit partagé par tous en fonction de ses moyens et ne s’exerce pas prioritairement sur les couches moyennes, celles qui ont payé l’augmentation sur les taxes pétrolières sans profiter de la baisse d’impôts. Et puis comment prétendre réformer pour protéger les systèmes sociaux alors que les premiers exclus, ceux qui pâtissent le plus des choix effectués, figurent parmi les plus fragiles ? Il y avait là par trop de contradictions, de mépris et à suivre trop servilement le diktat du MEDEF, on finit par perdre les élections !