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Le saviez-vous : Montrognon et ses secrets

mercredi 1er septembre 1999, par le bureau

Bien visible du bourg, la tour de Montrognon veille sur Beaumont. Ces vestiges ne sont pas seulement un lieu de promenade et de point de vue sur notre commune et l’agglomération. Montrognon est aussi un lieu chargé d’histoire, d’anecdotes et devrait connaître une nouvelle splendeur.

« D’azur à la croix ancrée »

La science héraldique définit ainsi le blason des anciens seigneurs de Montrognon et Opme. La ruine qui couronne le sommet de ce piton que tout Beaumontois connaît est l’ultime vestige d’un puissant château-fort au destin agité. Montrognon est un vieil édifice volcanique (neck) enrobé de sédiments et pierrailles, formant une colline que les cartes de l’an mil appellent Rugosus. A ce jour, aucun document n’a révélé son histoire avant la période féodale. Par contre, on en sait assez long sur le château-fort, enjeu de rivalités entre grands seigneurs. En effet, cette forteresse bâtie vers 1190 est assez puissante pour barrer l’accès sud à la plaine de Clermont. En 1213, le roi Philippe Auguste décide d’arbitrer les querelles intestines de l’Auvergne, auxquelles étaient venus se mêler les évêques. Il procède à de grands partages : Clermont à l’évêque, un territoire pour le Comte d’Auvergne (capitale : Vic-le-Comte), un autre pour le Dauphin (châteaux de la région de Saint-Germain-Lembron et Mont-rognon). Durant deux cents ans (1229 à 1426), les Dauphins d’Auvergne résident à Montrognon. Plusieurs couvrent de gloire leur écusson à la croix ancrée dans les grandes batailles de la Guerre de cent ans.

Tumulte et décrépitude

Béraud, dernier Dauphin d’Auvergne, meurt sans héritier. Montrognon passe à la famille des Bourbon avant sa confiscation par la Couronne en 1527. Découvrant la galanterie, les rois prennent l’habitude d’offrir des châteaux aux reines (et maîtresses). Montrognon revient donc à Catherine de Médicis en 1554. Celle-ci manœuvre pour devenir « Première Dame de Clermont » et à sa mort (1589), un certain Charles de Valois, fils naturel du roi Charles IX, hérite de l’Auvergne-sud. Il a alors la mauvaise idée de trahir la France au profit des Espagnols et se fait arrêter à Nohanent en 1604. Que faire alors de Montrognon ? Après réflexion, il est donné en 1606 à la reine Margot. Et quand celle-ci l’offre au futur Louis XIII, la fin de l’aventure est proche. Rappelons-nous que seigneurs et rois ne se sont jamais beaucoup aimés ! Les premiers ont résisté autant qu’ils ont pu à l’autorité royale qui, elle, voulait mettre au pas ces puissants féodaux. Et quand le pouvoir royal prend définitivement le dessus, il fait démanteler nombre de châteaux-forts. Tel est le sort de Montrognon, condamné au désarmement par Richelieu vers 1635. Alors Montrognon connaît les outrages du temps. Malgré une technique de construction de qualité, les dommages s’aggravent et l’édifice disparaît, à l’exception d’une tour circulaire de 17 mètres de haut. Mais si le bâtiment s’efface, sa mémoire reste vive et la légende enrichit encore l’histoire.

Les événements du 23 avril 1884 : à la recherche du trésor

La rumeur est tenace : sous Montrognon existe un souterrain qui mène au château de Opme. Dans ce réseau, un trésor fabuleux est enfoui. Et depuis plus de 2 ans, Auguste Vignon et Joseph Gony (dit Naca) fouillent sans relâche. Ce 23 avril, une fumée s’élève au-dessus des ruines. Ont-ils trouvé quelque chose ? Point du tout. Mais ils sont prisonniers suite à un éboulement de la galerie. Aussitôt, le sauvetage s’organise : habitants des villages alentours, fantassins, gendarmes, sapeurs-pompiers échouent. Des mineurs de Pontgibaud et Brassac aussi. Un tuyau de plomb parvient jusqu’aux infortunés qui bénéficient ainsi d’un peu d’air. Bien vite, l’accident attire une foule de badauds qui mangent, chantent, boivent et dansent. Le 27 avril, les 2 hommes sont toujours prisonniers. Alors que les sauveteurs approchent des emmurés, un nouvel éboulement tue Vignon. Seul survivant, Naca doit patienter jusqu’au 30 avril pour être libéré. Une fois sorti, il déplore la perte de ses sabots, apprend que sa femme a décidé de l’abandonner et accède au statut momentanément glorieux de « ressuscité ». Il commercialise alors des photographies sur lesquelles il affiche un air inspiré avec un regard lointain et doit tirer de cette gloriole passagère un certain réconfort. Peut-être oublie-t-il ainsi son rêve fou et la mort de son ami.

Une nouvelle jeunesse

L’abandon ne va pas à un site tel que le Montrognon. Aussi, MM. Brajon et Brochet (maires de Romagnat et Ceyrat) ont-ils demandé au SIEAC d’assurer la restauration de la tour. Depuis quelques mois, les travaux ont débuté. Il s’agit tout d’abord de dégager la tour à la vue. A cet effet, plusieurs arbres, surtout des pins, ont été coupés aux abords des vestiges. Afin de peu dégrader les chemins, le débardage s’est effectué grâce à un cheval. Outre la restauration minimale, il est prévu d’améliorer les accès, d’aménager un peu le coin (avec bancs et poubelles). Enfin l’installation d’un éclairage approprié valorisera cet élément du patrimoine et les Beaumontois pourront à nouveau constater que Montrognon veille sur eux ...