Loi Duplomb 2 : lettre ouverte du chef Jacques Marcon au sénateur Laurent Duplomb

vendredi 13 mars 2026, par Le Bureau

ÉcologieEnvironnement

Avec la nouvelle proposition de Loi Duplomb2, voici la lettre ouverte du chef Jacques Marcon, au sénateur.

M. Laurent Duplomb - Sénateur,

Je vous prie de m’excuser pour avoir relayé sans plus de précision un article pourtant loin d’être diffamatoire car il était documenté et les informations vérifiées. Mais je peux comprendre votre colère bien légitime …

Si j’ai voulu poster ce message c’était avant tout pour mettre en lumière un paradoxe. En effet, vous passez votre temps à dénigrer les « petites fermes » qui vivent selon vous seulement des aides alors que votre modèle économique tire sa viabilité sur ces mêmes aides. C’est un peu comme si je critiquai les fast food tout en possédant des Mc Do. Mais vous n’êtes pas à un paradoxe près et quand je vois de quelle manière habile vous détournez mes propos sur l’alimentation locale, tout comme vous savez détourner les nombreuses études scientifiques … Je m’interroge sur votre but au final.

J’ai pu lire aussi votre comparaison entre votre ferme et ma maison mais la vraie différence c’est que je ne critique pas les « restaurants de petite taille ». Je vais même vous faire une confidence : ce sont actuellement les petites structures en restauration qui sont les plus résilientes, à méditer.
Je vous remercie aussi pour le conseil de votre grand-mère, permettez-moi de vous partager cette expression qui vous corresponds bien : « on récolte ce que l’on sème ». Je crois Mr Duplomb que vous récoltez actuellement tout le mépris que vous avez envers une partie du monde agricole, toutes les « petites fermes » , toute l’agriculture Bio en demandant la suppression de l’agence Bio, … Et je ne parle pas de votre obstination avec la loi Duplomb 2. Les problèmes de revenu des agriculteurs ont d’autres causes que les normes environnementales mais alors pourquoi ne pas traiter les vraies causes ?

Alors je vous poserai une seule question : d’après vous, qu’ai-je à gagner en opposant mes idées aux vôtres ? Je ne cours pas après la notoriété, je n’ai pas d’ambition politique ni besoin de me faire réélire. Ma seule envie est de porter la voie d’une partie du monde agricole qui se sent délaissé et oublié, celle pour laquelle vous ne faîtes pas de loi. A la différence de vous, je ne crois pas qu’il n’y ait que les grandes fermes, celles qu’on pousse à la course aux investissements, qui puissent se maintenir. Des études sérieuses montrent d’ailleurs la résilience des modèles en agroécologie et en Bio, elles seraient les seules à pouvoir se passer des subventions si celles-ci devaient s’arrêter. Et malheureusement, les récents événements en Orient qui vont entrainer la hausse des engrais et du carburant, montrent une nouvelle fois la fragilité du « tout productiviste ». Donc comme en restauration, pas un modèle mais des modèles.

Je m’excuse auprès des élus altiligériens qui, comme moi, n’apprécient pas ce déballage médiatique mais je crois essentiel dans notre beau département de garder le droit de débattre, d’échanger, de confronter nos idées. Certains doivent regretter l’époque de Jacques Barrot où tous les partis discutaient avec un consensus possible … Mais malheureusement, comme à l’échelle nationale, ce monde se polarise et les extrêmes en profitent.

Tout ceci pour vous dire que l’ouverture aux autres, aux citoyens, aux consommateurs, est peux être la plus grande qualité d’un élu de la République. Ecouter au lieu de s’écouter, voilà je que j’essaie de faire avec certainement beaucoup de maladresses. Pour l’anecdote : le meilleur moment pour moi au restaurant c’est lorsque je fais le tour des tables en fin de repas. Peu de cuisiniers dans mes clients mais une clientèle locale et gourmande. Et pour moi, leurs conseils, leurs retours, sont des sources incroyables d’amélioration de ma cuisine.

Aussi pour conclure, permettez-moi de proposer quelques idées pour améliorer le revenu des agriculteurs et ainsi trouver des solutions au renouvellement des fermes et maintenir nos campagnes vivantes :

  1. Une répartition plus équitable de la PAC qui est pour moi un très bel outil pour le monde agricole. Arrêter la répartition à la superficie qui privilégie une poignée d’agriculteurs au profit d’une répartition par UTH ( Unité de Travail Humain ). Je crois que dans nos territoires de moyenne montagne, ce serait une belle aide au monde agricole et permettrait notamment au maraîchage, essentiel à notre alimentation, de se développer.
  2. Maintien de l’Agence Bio. Je ne comprends toujours pas en quoi cette agence qui œuvre pour la promotion de la Bio puisse gêner l’avenir de l’agriculture. Après tout, on subventionne bien à grands renforts de millions des exportations de poulets en Afrique, n’y a-t-il pas des financements plus cohérents à faire de nos jours. Et encore une fois, pas un modèle mais des modèles.
  3. Faire respecter la loi Egalim. J’entends ces petits ricanements, ces voix qui s’élèvent pour nous dire que c’est impossible. C’est pour moi, la seule loi qui allait vraiment dans le bon sens avec notamment la volonté de pousser les marchés publics vers le local et quand je dis local c’est au sens large bien évidemment. J’ai pu m’entretenir avec les responsables des cantines de la ville de Saint Etienne et c’est admirable de voir qu’avec du courage, du travail et de la volonté, on peut y arriver. Pour info, plus de 82% de produits Bio et 72% de produits locaux pour 4800 repas jour. Et quand on sait que cette ville est gérée par une mairie de droite, c’est un beau message pour crier haut et fort que l’alimentation n’est ni de droite, ni de gauche, elle nous touche tous et au final, elle doit faire consensus.
  4. Nous protéger contre les importations du Mercosur mais également d’Europe. L’arrivée massive des betteraves d’Ukraine reste la principale raison de la difficulté de cette filière qui a fait de très belles récoltes cette année. Mais pourquoi aussi ne pas imposer des quotas de ces légumes espagnols ramassés par des ouvriers non déclarés, une réelle concurrence déloyale pour nos agriculteurs. De toute façon, une course à la productivité avec ces pays-là est perdue d’avance à moins de nous résoudre à perdre nos acquis sociaux … Je n’ose imaginer la complexité des ces sujets au niveau européen, mais une action politique nationale pourrait faire bouger les choses à Bruxelles. Et en parlant de Bruxelles, la récente suppression des droits de douanes passant de 4 % à 0 % pour tous les fruits à coques en provenance des pays hors UE n’est elle pas plus dangereuse pour toute la filière noix, noisette, amande que la manque d’acétamipride.
  5. Enfin, relancer la recherche en donnant de vrais moyens à l’INRAE, l’ANPN ( Association Nationale des Producteurs de Noisettes ) et d’autres structures de recherche afin d’apporter des solutions concrètes aux agriculteurs. Je trouve incohérent de baisser les budgets de ces recherches pour ensuite décréter qu’il est impossible de se passer de ces substances dangereuses pour la santé et l’environnement. Le plus grand problème résidant d’ailleurs dans le changement climatique.

M. Duplomb, vous parliez d’unité lors de votre dernier post et je vous rejoins sur ce point, nous avons besoin d’unité dans notre département notamment … Je n’ai aucun poids sur l’évolution de la politique agricole mais vous, en tant que représentant au Sénat, vous avez l’écoute des dirigeants. Alors si vous souhaitez vraiment l’unité, c’est à vous d’agir … Pas un modèle mais des modèles.

Mon message était peut-être un peu long mais il me semblait important d’éclaircir mon discours et ne pas prendre de raccourci simpliste. Je crois surtout vous avoir vexé en manifestant devant votre permanence contre la loi Duplomb 2 le 7 Février mais je me permets de vous rappeler que nous sommes en démocratie et en tant qu’élu de la République vous êtes le garant des droits dont la liberté d’expression fait partie.

C’est pourquoi, en tant que citoyen, je renouvelle mon appel à signer la pétition de l’Assemblée Nationale contre la loi Duplomb 2 et j’invite tous les consommateurs qui ont signé cette pétition à aider les producteurs de noisettes à développer la recherche avec cette cagnotte Leetchi pour prouver notre attachement à un mode cultural plus sain. Il est temps de mêler les actes à la parole.

Je terminerais avec cette phrase de Nelson Mandela qui exprime, selon moi, ce que devrait être votre engagement politique pour le monde agricole
être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres.

Merci de votre écoute
Bien cordialement

Jacques Marcon

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